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Jean-Michel Javaux:
Président ECOLO
Le Journal des Belges à l’Etranger. – Votre parti a, lors des dernières élections, remporté plus de voix que le parti socialiste parmi les Belges à l’étranger. Comment expliquez-vous cette avancée ?
Jean-Michel Javaux.- Le profil de l’électeur Ecolo est, sans conteste, assez proche de celui du Belge à l’étranger. L’électeur Ecolo est du type altruiste progressiste, il n’est pas réfractaire au changement, il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, et en ce qui concerne les femmes, elles ont entre 25 et 55 ans. Si vous ajoutez à cela le fait que le parti Ecolo répond à des défis nationaux bien entendu mais aussi mondiaux, il est normal que des gens qui parcourent le monde s’y identifient. Vous avez parmi les expatriés de nombreux coopérants, ainsi que des personnes engagées dans des secteurs à finalité humaine avancée. Voilà à mon sens l’explication de notre progression.
JBE.- On peut donc imaginer que vous êtes pour un élargissement du droit de vote des expatriés…
J-M Javaux.- Tout à fait. Nous souhaitons l’élargissement de ce droit et donc la participation au niveau régional et communautaire. Et nous sommes en faveur de la solution actuelle c'est-à-dire le rattachement à une commune.
JBE.- On a parfois quelques difficultés à vous situer sur l’échiquier politique. Autrefois vous vous démarquiez nettement des Libéraux mais aujourd’hui vous prenez aussi vos distances vis-à-vis du parti socialiste. Qu’en est-il ?
J-M Javaux.- L’écologie politique n’est soluble ni avec le socialisme ni avec le libéralisme. Et une des grandes erreurs du parti Ecolo fut de se présenter comme un petit frère du parti socialiste. L’écologie c’est le défi du XXIeme siècle. Les Libéraux furent très importants pour l’acquisition des libertés individuelles, comme les Socialistes le furent pour la solidarité mais aujourd’hui c’est un autre défi. Les valeurs des Ecolos sont ancrées dans la gauche mais la gauche ce n’est pas le parti socialiste, pas uniquement, et surtout pas un parti socialiste tel que nous le connaissons actuellement, c'est-à-dire une formation qui n’est plus ni progressiste, ni démocratique. Une des marques de ma présidence sera précisément cette démarcation de tous les autres partis politiques, en ce compris le CDH .
JBE.- Les écologistes sont-ils prêts à proposer des solutions aux grands défis de l’environnement ?
J-M Javaux.- Nous avons été très seuls pendant de nombreuses années mais brusquement toutes les formations traditionnelles s’intéressent aux questions qui touchent à l’environnement. Malheureusement nous ne pouvons pas attendre 15 ans encore pour voir se profiler quelques solutions et nous tablons maintenant sur notre longue expérience dans ces domaines. Nous venons d’ailleurs de créer une Union Nationale pour le Climat et nous souhaitons que les différents partis s’expriment à ce propos. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que les problèmes de l’environnement sont aussi liés au pouvoir d’achat des électeurs et aux questions de l’emploi. Si nous investissons par exemple dans le problème des énergies renouvelables ou dans la lutte contre les déperditions d’énergie, cela signifie que nous allons alléger le budget des consommateurs et que nous allons aussi créer de l’emploi et de l’emploi qui ne pourra pas être délocalisé du jour au lendemain…L’écologie a un aspect extraterritorial et a long terme mais cela signifie aussi de nombreuses répercussions immédiates dans notre pays. Aujourd’hui « la nature » crie au secours et demain ce sera l’homme, nous devons agir.
JBE.- Vous parlez investissements…cela signifie trouver de l’argent. Votre parti est-il en faveur de l’impôt sur la fortune ?
J-M Javaux.- Laissez-moi avant tout préciser qu’il y a de l’argent en Belgique mais que cet argent n’est pas toujours bien géré. Il existe par exemple 6 fonds destinés à aider les propriétaires qui souhaitent mieux isoler leur logement. Mais la multiplication des organismes empêche de mobiliser ces fonds. Et il y a pourtant là un milliard d’Euros….Mais pour répondre à votre question, oui les Ecolos sont favorables à l’impôt sur la fortune.
JBE.- Votre passion de l’écologie, d’où vient-elle ?
J-M Javaux.- L’écologie c’est une opportunité pour améliorer la vie de chacun. J’ai grandi dans une famille chrétienne assez centriste et certainement pas socialiste. Mais très vite je me suis intéressé aux mouvements de jeunesse et plus particulièrement aux patros, j’ai d’ailleurs été formateur d’animateurs pendant 10 ans. Je me sens incontestablement responsables vis-à-vis des jeunes et plus particulièrement encore à l’égard de mes 3 enfants. Et l’écologie c’est, entre autres, s’engager à léguer à nos enfants une terre belle, chaleureuse, propre…
Propos recueillis par Colette Oberlin-Frère
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Joëlle Milquet:
Présidente du cdH, députée fédérale
Le Journal des Belges à l’Etranger. – Comment faire progresser le droit de vote des Belges à l’étranger ?
Joëlle Milquet.- Il faut avant toute chose l’étendre aux élections régionales et européennes. Et pourquoi pas aux élections communales. Mais au préalable il est souhaitable d’assurer sur le plan légal une assimilation totale des Belges résidant à l’étranger ce qui suppose une modification de l’article 62 de la Constitution qui relie le droit de vote à l’inscription dans une commune. Il faudrait donc que le texte énonce clairement le fait que le vote à lieu dans un poste diplomatique, le cas échéant à la commune de la dernière domiciliation en Belgique par exemple. Ce qui me parait important c’est de définir un critère objectif et d’éviter ainsi toute forme d’arbitraire.
JBE.- Comment assurer un véritable impact du vote des Belges expatriés?
J. Milquet.- Nous sommes sur ce point ouverts au débat. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une représentation spécifique –des élus qui ne représenteraient que les Belges à l’étranger—conduirait à une ghettoïsation de la situation. Les Belges à l’étranger sont d’ailleurs parties prenantes à de multiples questions même si elles ne concernent pas exclusivement la spécificité de leur statut.
JBE.- Quel est l’apport spécifique du CDH pour des expatriés ?
J. Milquet.- Nous avons été un des premiers, si pas le premier parti à déposer un projet de loi pour la double nationalité. Ce qui est, me semble-t-il, important. Il ne faut pas perdre de vue non plus notre action constante pour faciliter la scolarité des enfants d’expatriés que ce soit par l’octroi de l’allocation de scolarité ou le financement budgétaire des écoles belges d’Afrique centrale par exemple. Nous travaillons aussi pour permettre un accès plus aisé aux lycées français. Et inutile de préciser que nous oeuvrons pour assurer l’équivalence des diplômes obtenus à l’étranger. Mais une fois encore les Belges à l’étranger sont aussi concernés par nos politiques en matière de sécurité, socio-économique, ou en matière de coopération.
JBE.- Le CDH se trouve dans l’opposition au niveau fédéral et dans la majorité au niveau communautaire. N’est-ce pas une situation difficile à gérer ?
J. Milquet.- La symétrie est toujours plus facile évidemment ! Mais nous sommes aussi responsables de l’intérêt général et c’est ce critère qui nous guide. Pour être efficace il faut que les différents niveaux de pouvoir s’entremêlent. Si le pouvoir fédéral prend l’initiative, on préfère qu’il prenne la bonne décision et nous n’avons donc aucun intérêt à l’empêcher de progresser. Il n’y a pas de guerre des tranchées !
JBE.- Le CDH c’est un peu votre œuvre…
J. Milquet.- J’ai toujours été engagée dans l’humanitaire, dans l’action collective. Et j’ai aussi très vite compris que le clivage traditionnel droite-gauche était dépassé, de même d’ailleurs que la dualité solidarité-liberté. Il fallait donc redéfinir un parti centriste qui prendrait en main les problèmes « oubliés » par les formations plus classiques comme par exemple la qualité de la vie ou les problématiques familiales. C’est ce que j’ai fait et vous remarquerez d’ailleurs que nos thèmes se retrouvent dans la campagne de Ségolène Royal…Et c’est précisément parce que nous traitons de problèmes différents que nos scores augmentent et que les jeunes nous suivent
JBE.- Pensez-vous que les femmes qui votent CDH s’identifient à vous ?
J. Milquet.- Je le crois. Les femmes que je rencontre le disent en tout cas…Les femmes s’identifient aussi à notre manière d’agir. Nous croyons dans la communication non violente, on veut que les choses avancent et bien souvent on oublie notre ego. Les femmes sont plus orientées vers le résultat. La politique politicienne nous intéresse peu. Nous investissons aussi beaucoup d’énergie dans des problématiques dites féminines comme la promotion dans le travail ou l’égalité des salaires. Nous ne sommes pas là pour porter les femmes mais pour porter les problèmes de société comme seules les femmes les portent. Les femmes sont tellement différentes en politique.
JBE.- Vous êtes originaire de Charleroi, comment ressentez-vous le déballage actuel?
J. Milquet.- La multiplication des affaires me désole car cela rejaillit sur toute la classe politique et cela porte ombre à des politiciens intègres et travailleurs. Cela étant dit cette épreuve nous a permis de rentrer dans la majorité à Charleroi et d’y mettre Jean-Jacques Viseur comme échevin des finances. Et nous savons déjà que cela va entraîner des réformes en profondeur de la gouvernance, un changement radical. Le CDH c’est parfois cela aussi, un nettoyage à l’eau de javel !
Propos recueillis par Colette Oberlin-Frère |
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