
Madame la Ministre Marie Arena en appelle aux expatriés, via le site de l’ UFBE, afin de mettre en lumière les problèmes relatifs à la scolarisation de leurs enfants.
Journal des Belges à l’étranger : Les Belges qui vivent à l’étranger doivent faire face à de multiples problèmes concernant la scolarisation de leurs enfants. Où en sommes-nous à cet égard
Madame Marie Arena : Nous sommes parfaitement conscients des problèmes qui se posent dans ce domaine et nous y travaillons. La première étape est celle de l’information. Nous avons donc rédigé une brochure concernant toutes les possibilités qui existent dans nos structures actuelles. Cette brochure peut être consultée sur le site www.enseignement.be/ufbe. Ce fascicule traite bien sûr des questions d’équivalence des diplômes pour les enfants, scolarisés à l’étranger, qui veulent accéder à l’enseignement supérieur ou universitaire en Belgique, mais il apporte également des informations utiles sur l’enseignement à distance. Ainsi que les possibilités d’internat pour les parents qui souhaitent que leurs enfants poursuivent leur scolarité en Belgique.
J.B.E. - Peut-on imaginer qu’un jour un diplôme délivré par des institutions francophones comme les Lycées Français par exemple sera en tout point équivalent à un diplôme du secondaire obtenu chez nous ?
M.A. - On y travaille avec la France et un accord est en vue. Il y a déjà à ce stade des écoles situées à l’étranger qui délivrent des diplômes valables chez nous, on parle dans ce cas de codiplomation. C’est le cas par exemple des écoles belges en RDC, au Rwanda et au Burundi, qui sont régulièrement évaluées par nos inspecteurs. Ce sera également le cas avec la future école trilingue à HongKong, qui en vertu de conventions particulières avec nous, délivrera un Baccalauréat international auquel nous serons parties prenantes. Comme vous le voyez la situation se résout pour l’instant au cas par cas.
J.B.E - Qu’en est-il des Lycées Français ?
M.A – La demande qui nous a été adressée concernant les Lycées Français est de nature différente. On nous a demandé d’assurer des places au sein de ces lycées pour les ressortissants belges car les étudiants français sont privilégiés de même d’ailleurs que les étudiants locaux. Une des solutions sur lesquelles nous travaillons est d’envoyer dans ces Lycées Français des professeurs de notre communauté francophone. Cela pourrait garantir un accès équivalent à celui réservé aux étudiants français. Cela ne signifie pas qu’il y aurait automatiquement codiplomation mais il faudrait travailler sur cet aspect également.
J.B.E – Ne pourrait-on envisager de créer une codiplomation pour tous les étudiants qui seraient titulaires d’un baccalauréat international ?
M.A – Ce n’est malheureusement pas possible car il n’y a pas un baccalauréat international mais de nombreux baccalauréats internationaux et certains sont d’un niveau bien inférieur au niveau requis de nos étudiants belges. Cela violerait le principe de l’égalité entre Belges. Par contre, nous pourrions proposer aux écoles internationales qui assurent un bac international de bon niveau de codiplomer avec la Communauté française..
J.B.E – Quelles sont les mesures qui seront prises dans un proche avenir pour faciliter le retour des étudiants francophones éduqués à l’étranger afin qu’ils puissent poursuivre en Belgique leur études supérieures ?
M.A – Nous allons maintenant demander aux expatriés de réagir à la brochure que nous avons publiée ainsi qu’aux informations exposées ici afin qu’ils nous fassent part de leurs desiderata. Je veux entendre les problèmes concrets des Belges qui vivent à l’étranger. Le site internet de l’UFBE est le réceptacle idéal pour cette consultation. Sur cette base, je négocierai avec l’UFBE pour établir des priorités et un calendrier de travail.
J.B.E – Vous faites preuve Madame d’un esprit participatif, or nombre de vos réformes ont provoqué de vives réactions. Comment expliquez-vous cela ?
M.A. – L’éducation c’est le socle même de la démocratie. De plus, nous avons tous des comptes à régler avec l’école. C’est donc un sujet particulièrement réactif. Les réflexes conservateurs sont immenses. Mes prédécesseurs l’ont bien compris et ils s’en sont donc tenus à des sujets qui n’embrasaient pas les foules comme par exemple les surdoués ou encore les devoirs à la maison. Lorsque je suis arrivée à ce poste j’ai fait faire de nombreuses évaluations et il est apparu que 30% des jeunes sont déjà en difficultés au niveau de la 3eme primaire. Et cela c’est inadmissible. Vous avez bien sûr des écoles ghettos dans les beaux quartiers où les choses ne se passent pas comme cela mais vous avez des écoles ghettos dans les quartiers défavorisés où les enfants ne parlent pas le français à la récréation. Et cela ce n’est pas acceptable. De la même manière je ne peux pas accepter que des enfants qui habitent Molenbeek soient dans l’impossibilité de s’inscrire dans une école de Woluwé. Ces mesures ne sont pas très populaires mais elles sont la base de la démocratie.
J.B.E – L’ égalité est votre maître-mot, pourquoi ?
M.A. – Parce qu’on n’y est pas. Je suis une personne de gauche et je me bats contre toutes les formes d’inégalités. Que les femmes ne soient pas à égalité avec les hommes, sur le plan salarial par exemple, ou la violence conjugale, cela me révolte. Mais je peux me battre aussi pour l’égalité des hommes. Auparavant les hommes étaient lésés concernant la garde des enfants en cas de divorce et je suis ravie que la loi ait changé sur ce point.
J.B.E - Vous avez deux enfants âgés de 13 et 16 ans, ce doit être difficile d’être les enfants de Marie Arena ?
M.A - Oui c’est très dur, mais je leur dis comment se défendre….
Propos recueillis par Colette Oberlin-Frère
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